Parcours d’un mangaka français

Parcours d’un mangaka français

Il y a quelques jours, j’ai eu l’honneur et le privilège de faire l’interview de ROMAIN HUET, mangaka français, et d’organiser une interview pour parler de ses métiers d’auteur de manga, d’éditeur, de Scénariste et de Coloriste.

Romain Huet est un mangaka français et une personne extrêmement généreuse qui a accepté de répondre à ma demande d’interview et grâce à lui vous allez pouvoir apprendre beaucoup de choses sur le métier. Romain va vous parler de son métier d’auteur et de son métier d’éditeur. Il va nous parler également un petit peu de ce qui se fait en France dans le manga francophone

Cette interview du parcours d un mangaka français est extrêmement riche en informations et en bonne humeur. J’espère qu’elle va vous plaire qu’elle vous apportera tout ce que à moi elle m’a apporté

Qui est Romain Huet ?

Romain Huet, est le scénariste de la BD « Geek Agency », et l’auteur de la saga « Yggdrasil Sentaï », « My magical Girlfriend » en manga, du roman graphique « Tombés au combat »

Il est également le cocréateur de la maison d’édition : DOSHIN EDISITONS, qui publie des romans des mangas et des romans graphiques.

Interview de Romain Huet :

SL : Stefano LUCIANO

RH : Romain Huet

SL : Merci beaucoup Romain d’avoir répondu présent à cette interview. Je suis vraiment très très heureux de pouvoir interviewer, on s’est rencontré à Bordeaux et j’ai beaucoup apprécié le personnage que tu es et DOSHIN éditions ta maison d’édition avec tout ce que tout ce que vous véhiculez comme messages.

Ça fait un moment que je regardais ce que tu faisais, surtout en tant que coloriste parce que pendant un petit moment pour ceux qui le savent, j’ai voulu tenter l’aventure BD il y a quelques années et donc j’ai eu l’occasion de travailler comme encreur ou comme coloriste pour certains auteurs de bd et donc je m’intéressais un peu à tous ceux de ce métier.

Alors, j’aimerais que pour ceux qui ne te connaissent pas, que tu te présentes et que tu nous dises un petit peu qui tu es et quel était un peu ton parcours jusqu’à la création de DOSHIN EDITIONS.

Le parcours d’un mangaka français

Avant

RH : ok moi, je pense que j’aime mon parcours, il est singulier dans le sens où je me suis mis à dessiner très très tard. En fait, j’avais 20 ans parce que ni le manga, ni dessin était une passion, c’est quelque chose qui est venu bien plus tard.

Au départ, j’ai plusieurs vocations, je suis musicien, ça fait 10 ans que je joue du sexephone et j’ai une opportunité pour rentrer au conservatoire de Marseille, donc de vraiment me professionnaliser dans la musique. Finalement, je suis adolescent à ce moment-là et je me dis que je préfère jouer avec les potes au foot.

Donc, je bazarde la musique et je décide d’un coup de faire géo Club Med ( Ce qui viendra peut-être après en lien avec DOSHIN Editions, parce que être sur un stand en convention, c’est faire de l’animation. )

J’ai voulu être géo, et donc j’avais quoi 17 ans, un truc comme ça, et puis je rate complètement mes études de tourisme parce que s’il y avait eu une option baby-foot, j’aurais eu une excellente mention. Mais vu que ça n’existait pas à l’époque du coup, j’ai redoublé ma seconde. Dans les débuts des années 2000, quand tu n’es pas bon en général, on t’envoie en technique et en professionnelle. Je vais surtout en BEP électronique parce que j’avais 15-16 ans et que je bidouille mes Playstation.

Et le Japon entre par la petite porte

De là en fait, je me retrouve dans un internat dans lequel je n’ai rien à y faire et je m’ennuie parce que ça ne me plaît pas l’électronique et je découvre un livre « 40 leçons de japonais » et je me mets à me passionner pour le Japon, mais pas le manga. Le manga en lui-même ne m’intéresse pas, mais je vais écouter de la musique japonaise.

Finalement, de là, je passe les étapes et je me fais une raison et je me dis « bah, en fait, je vais faire de la robotique, quitte à être dans l’électronique, autant faire la robotique et partir au Japon « . Une espèce de fantasme, je vais aller au Japon, car c’est au Japon qu’on fait des robots, je pense que je n’imaginais même pas le concept d’un métier comme ça au Japon.

Et puis, j’arrive du coup à mes 20 ans,et je tombe sur le final de LOVE HINA qui passait sur Game One à l’époque et ça me fait tilt.

Je me dis « Tiens c’est marrant, j’aime ça ! » Au moment, ou je prends la série, on arrive à la fin de la série, et je suis comme un dingue. Je me souviens, je suis sur mon lit et je vais spoiler à mort pour ceux qui n’ont pas vu LOVE HINA, mais bon maintenant, c’est un manga qui a 25 ans.

Quand enfin les deux personnages principaux s’embrasse, alors que je ne les connais pas, et c’est vraiment la fin, je suis hyper content, je suis debout sur mon lit, génial !!!!

J’appelle mon meilleur ami :

« Est-ce que tu crois que je peux le trouver, mais en livre ?

  • On va aller au magasin de manga et on va voir. »

Je vais dans un petit magasin de manga à Aix-en-Provence qui s’appelait Arcadia. À l’époque les mangas, ce n’est pas comme maintenant, il n’y a pas de boutiques spécialisées et d’étalages à perte de vue. Bien sûr, maintenant, vous arrivez à la Fnac, vous avez des rayons de manga nous, on avait un mètre 50 maximum, il y avait il y avait des trucs complètement obscurs.

Comme « Cyber kurochan » qui était chez Pika qui est un manga complètement fou, tu te demandes même comment sa pu arriver en France.

Le Vendeur me vend alors les deux premiers tomes. Je rentre chez moi le soir, et je me jette dessus et je l’ai lit trois fois d’affilée. Et là, je ressens quelque chose en fait, c’est à ce moment-là qu’il se passe un truc en moi. J’ai comme une crise presque mystique, je ne pourrais pas t’expliquer pourquoi j’avais trouvé ma voie

« J’ai comme une crise presque mystique, je ne pourrais pas t’expliquer pourquoi j’avais trouvé ma voie

Romain Huet

La révélation

Et là, j’ai tout bazardé, c’est-à-dire que d’un coup, l’électronique n’est plus sa place dans ma vie, le dessin, le manga, faire de la BD, raconter des histoires débarque et prennent toutes la place.

Déjà à cette époque, je suis rôliste, ( Joueur de jeux de rôle ) et j’écrivais des scénarios de Warhammer et c’était quelque chose d’habituel chez moi que d’écrire. Mais dessiner, non, et là, d’un coup, tout est venu tout s’accorder. Écrire des histoires et les dessiner.

Un jour, je vais voir mes parents, j’ai 20 ans et je vais leur dire que j’arrête tout. Et je n’ai pas 13 ans, ce n’est pas un caprice, j’ai 20 ans et je fous en l’air 7 ans d’électroniques.

Je me mets à dessiner tous les jours, tous les jours, tous les jours et puis mon niveau est pourri, j’ai le niveau d’un enfant de 10 ans. Je passe le bac et le réussi quand même, l’année d’après, je me retrouve dans un logement chez l’habitant pour faire mon BTS et là, je ne suis plus du tout investi dans ma scolarité, au bout du compte, je crois que j’y suis allé les deux premiers mois et c’est tout. En fait, je dessine chez moi, dans une chambre. J’ai quand même fait l’année et je n’ai pas été viré. Mais au moment, ou il faut faire un stage d’entreprise de fin d’année, je me retrouve dans une société ou il fallait réparer des téloches et des PC et je suis avec deux mecs à l’humour un peu gras. Un jour, il y a une petite nana qui débarque avec son PC en rade et une fois qu’elle est parti, l’un des gars ramène le PC en arrière-boutique et dit : » Viens voir, viens voir, on va voir si elle a des photos de cul ! » C’est là que je me suis dit, « Ce n’est pas ça, ça ne peut pas être ça !  » je ne peux pas vivre là-dedans  »

Je suis parti le midi et je dis au patron que je ne restais pas. Il m’a demandé pourquoi ? Et ma réponse est : Parce que je vais faire de la BD. C’était plus fort que moi

Je rentre chez mes parents et là, je leur dis que j’arrête mon BTS et que je vais faire de la BD.

Je n’ai rien lâché et j’ai appelé l’école dans la foulée, je leur dis clairement, j’arrête, mais ils ont essayé de me retenir. C’était la guerre à la maison. Mon père concède à ce que je fasse de la BD , mais je dois trouver un boulot en échange. Je trouve un travail et ça rassure mes parents, mais j’étais un peu paumé à ce moment-là. Donc un jour, je vais dans une concession de bagnole pour être vendeurs de voiture, et sur mon CV en bas, je marque  » Fait des mangas ». Il me demande alors, « Vous dessinez ? » et là, je ne sais pas pourquoi, j’ai dû rayonner un truc et le mec me dit, je pense que vous êtes un très bon vendeur, mais, je ne vous prendrai pas. Parce que je pense que ce n’est pas votre place. Votre place, elle est dans votre passion, vous n’avez rien à faire ici à vendre des voitures chez moi, je pense qu’en fait ce que vous devez faire c’est vous lancer.

«  Votre place, elle est dans votre passion, vous n’avez rien à faire ici à vendre des voitures chez moi, je pense qu’en fait ce que vous devez faire c’est vous lancer.« 

Et voilà, je rentre chez moi, la queue entre les jambes et pas de travail. Je vous laisse imaginer un peu l’ambiance à la maison.

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Finalement, je trouve un job en tant que VRP dans une boîte de pour vendre des portes et des fenêtres et je fais 15 jours là-dedans. Je fais du chiffre et j’aurais pu en vivre largement, car en 15 jours, j’atteins les stats de mecs qui sont là depuis 5 ans.

Retours à l’ecole

Mais ça ne me plaît pas et je décide de me barrer. Je vais rejoindre une petite amie que j’ai à l’époque qui habite Nantes. Elle est inscrite dans une école de cinéma et dans cette école, il y a une option BD. Que ça ne tienne, je pars chez mes parents avec pertes et fracas. Je me barre et mes parents me disent qu’il accepte de m’aider seulement si j’ai un CDI pour payer mon école et si j’arrive à trouver un appartement. En trois jours, je trouve et un CDI et à partir de là, ils m’ont dit ok, marché conclu, tu as respecté le deal, on va t’aider.

J’ai bossé pendant un an, chez Weldom tout en continuant de travailler mon dessin, mais en ayant un niveau de merde.

Un conviction à toutes épreuves

À ce moment-là, je n’ai qu’un an et demi de dessin en autodidacte, tout seul, donc je n’ai pas le niveau, mais dans ma tête, je suis auteur de BD. C’est catégorique, je signerai chez les plus grands, etc. et puis un soir dans une soirée, il y a un mec qui passe, je ne le connais pas. Il s’approche de moi et me dit : « c’est toi qui veux faire de la BD ? Il ne faut pas que tu fasses l’école de ta pote là, il faut que tu fasses l’école Pivaut. Elle est à Nantes, elle est moins chère, mais il faut que tu envoies le dossier rapidement, parce que la clôture des dossiers, c’est dans un mois et il se barre. Je ne l’ai jamais revu, je ne sais pas qui c’est.

Je rentre chez moi chercher sur le net, l’école Pivaut. Du coup, je prépare un book en trois semaines en y incluant les dessins que je faisais à l’époque. C’est comme ça que je passe l’entretien à l’école Pivaut, l’école de BD de Nantes.

logo école pivot
ecole pivot

Je suis reçu par Monsieur Pivaut lui-même qui tourne les pages de mon dossier et reste sans voix, puis il me regarde et me dit  » Tu n’as même pas le niveau pour être en prépa ». ( C’est la classe la plus basse de l’école.) Et puis, je ne sais pas, une espèce d’inconscience, ça ne me perturbe même pas, et je lui réponds : « Mais en fait, ce n’est pas grave, car moi, je peux payer deux années tout de suite, ça fait un an que je travaille et que j’économise.

Il me regarde et me dit,  » les dossiers sont là-bas ».

SL: Comme quoi tous se monnaie !

RH: En fait, je ne pense pas qu’il courait après un mec pour 3 000 balles, je pense que simplement que ça démontrait la motivation que j’avais.

J’ai la même anecdote, quand j’ai passé l’entretien pour être VRP, tu sais, il y a toujours la fameuse question pourquoi je vous choisirais et pas un autre ? J’ai regardé le mec droits dans les yeux et je lui ai dit « parce que je suis le meilleur ».

Je n’avais jamais vendu de porte et de fenêtre de ma vie. Je ne savais même pas comment ça se vendait à ce moment-là et en fait la détermination que j’ai eue, parce que j’ai besoin de trouver un travaillé pour apaiser les tensions à la maison, a fait basculer la balance en ma faveur. En fait, j’y suis allé au bluff et je pense qu’avec Monsieur Pivaut, c’était pareil. Je pense qu’il m’a dit ok parce que personne dans sa carrière ne lui avait dit :  » J’ai deux années d’avance, que je paie cash  » et que cela montrait une détermination qui ne m’a jamais lâché. Cette détermination, c’était mon chemin, ma folie, car n’évaluais pas mon niveau. Je pense que si je vous si j’avais le recul de mon propre niveau à ce moment-là et un tant soit peu de critique, je n’aurais jamais franchi les portes de l’école. J’ai fait quatre ans à l’école Pivaut, avec cette espèce de voile plus ou moins là en fonction des moments.

Et je n’ai pas conscience de mon niveau, je suis avant-dernier de la promo pendant trois ans.

On est en 92 et je suis 90e pas le 91e parce que c’est celui qui ne vient pas en cours. Tu vois donc, ce ne sont pas des vannes, c’est vraiment ça, à chaque bulletin, je suis déprimé, j’appelle ma mère en pleurant. Je n’y arrive pas, je suis mauvais et malgré tout, je raccrochais et j’y retournais le lendemain. Tout en bossant, car c’était le deal avec mes parents si je voulais continuer.

Travail, travail, travail

Tous les jours, j’étais à l’école pivot et le soir, j’étais baby-sitter, du lundi au samedi, je rentrais à 20h je faisais tout mon boulot jusqu’à minuit, une heure du matin et le samedi, je faisais la journée complète. Le dimanche, je bossais le dessin, j’avais un rythme de fou. L’été je faisais les deux mois complets pour payer d’un coup l’année qui arrivait. Mais, il fallait quand même que je continue de bosser mon dessin, donc je faisais les ménages, dans les immeubles, sortais les poubelles le matin, etc. Ca payait plutôt pas mal, donc j’étais bien et je payais ma scolarité comme ça.

Je me souviens sur ce qu’ils appellent le tronc commun, qui est en fait la vraie première année avant de passer en spécialisation, je vais voir à mon prof principal et lui dit:

 » En fait, je ne vais pas y arriver, là. C’est fini, je viens d’avoir un cinq en modèle vivant, forcement, il y a un moment où je ne passerai jamais. Je suis dans les derniers tout le temps »

Romain Huet

Et je ne sais pas pourquoi lui aussi, il m’a dit :  » Je ne suis pas inquiet pour vous, je pense que vous allez la terminer cette école « 

Je suis un peu déprimé quand même et je passe le tronc commun, je peux demander une spécialisation. Il faut savoir pour ce genre d’école que c’est le premier arrivé qui est le premier servi dans ces écoles-là. À l’école Pivaut, en fin d’année, tu dois faire des choix, tu dois si tu veux faire illustration, animation, design, bd, etc. Je suis genre 89e sur 91 tu vois, donc j’ai 88 personnes devant moi, qui vont passer. Sachant que la BD c’est seulement 23 places. Donc, je me laisse porter et je me dis on verra bien.

J’ai quand même 87 avant moi ou 88, tu vois, c’est un truc de dingue et dans les statistiques il y a un moment en fait ou quoi qu’il arrive les 70 places son passé. Et s’il n’y a plus de place, dans ton choix, tu pars en graphisme, en décor machin etc. C’est une école privée, donc après tout faut garder les élèves pour les autres spécialisations. Je me dis : je suis mort avec mes résultats, je n’y crois pas, et je suis quand même pris en BD !

Me voilà donc en spécialisation BD et là, je fais ma troisième année, comme j’ai fait les deux premières. Avec des espèces de pics de compréhension, parce que ça y est, tu as des flashs avec lesquels tu te dis bon, c’est bon, j’ai compris un truc et tu arrives à l’exercice d’après, et tu reprends un 5 ou un 6. Des moments comme ça, qui ne fonctionnent pas et puis j’arrive à la fin de la première année de spécialisation.

Le justicier

En fin de première année, on doit préparer un dossier Bd ( qui n’est pas un vrai dossier bd, mais plutôt un éventail de ses connaissances techniques apprises tout aux longs de l’année ). Je passe deux mois non-stop à bosser dessus, et je suis assez fier de mon travail. Viens l’entretien, et par tirage au sort, je suis le dernier à passé. L’examinateur prend mon dossier et en moins de 10 mn et me dit que l’entretien est terminé, j’ai à peine le temps d’en faire le pitch de mon scénario. Et là, ça ne passe pas, ça fait deux mois, pour me prendre en 10 minutes seulement. Et comme j’ai quand même un sale caractère, je rentre chez moi et je suis furax. Je vais voir les résultats genre 3 semaines plus tard, et on m’annonce que je suis cinquième de la classe et je suis tellement content que j’en suis presque triste, c’est trop bien !

Je demande si un pote qui s’appelle Rudy LESPINET, ( que j’appelle Lulu, qui est devenu illustrateur et qui vient de faire une bd sur Angers.) s’il la eu son année.

Je me dis, si moi, je suis cinquième, c’est lui le premier ! Lulu étant tellement meilleur que moi, c’est impossible qu’il soit ailleurs dans le classement. Donc la secrétaire jette un œil sur le tableau et me dit,  » Ah non désolé, il a été recalé, car il a eu un 0 à sa peinture .

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Alors là, je me dis, mais attends, c’est quoi ce bordel ! Comment Lulu peut avoir un 0 en peinture ! À l’heure actuelle, quand Rudy fait des illustrations, il fait tout à la gouache. Donc, si tu veux le mec, est doué là-dedans. Et en parlant avec la secrétaire, j’apprends que 50% de la classe est recalée et là, je ne sais pas pourquoi j’ai un truc avec l’injustice comme on peut le lire dans mes mangas. Je pète un plomb et me met à pester sur la tenue de l’examen. « 10 minutes pour évaluer un travail de 3 mois, vous êtes des fadas, et ensuite, vous faites sauter 50 % de la classe. Ça fait trois ans qu’on est là et qu’on raque 4000 balles par an, il faut en parler à monsieur Pivaut ! Et j’y vais, je ne me démonte pas, je vais taper au bureau du directeur et on s’engueule, ça dure 30 minutes et soudainement, il prend son téléphone, et fait annuler l’intégralité des examens des 2e année BD et tu les fais repasser à partir de septembre.

Il raccroche et il me dit : « ça va, tu es content !

  • Je me lève, je dis merci Monsieur et bonnes vacances ! »

Au début de l’année qui a suivi, ils ont fait repasser l’intégralité des dossiers à coup de 45 minutes par personne et tout le monde est resté.

Mais il faut savoir qu’entre temps, je me suis fait insulter par les mecs de la classe qui redoublait, car à leurs yeux, j’avais fait mon Superman et que je n’avais pas en m’emmêle. L’ironie, c’est que du coup, je ne suis plus 5ᵉ et je retrouve ma place habituelle de dernier de la classe. Ça, ce n’est pas grave, parce que ça fait partie de moi et je ne pouvais pas laisser passer ça et donc je fais ma dernière année. Il ne me reste que 8 mois à faire et on doit présenter un gros dossier pour la fin de l’année. Mais on a aussi des stages à réaliser auprès de professionnel et je veux aller chez un mec qui fait de la BD, un qui fait du manga et un mec qui fait du comics

La rencontre qui va tout changer

Je contacte plein d’auteurs et il y en a deux qui me répondent, il y en a un qui est GRELIN, qui vient de sortir trousse boy de tome 2 qui a bossé avec OrelSan.

trousse boy grelin, parcours d'un mangaka
Grelin, trousse boy

Grelin me prend en stage et ça tombe bien, ce que j’adorais ce que fait Grelin et lui, il combinait franco-belge et manga parce qu’il a je trouve un style qui se complétait bien.

Mais pour le comics c’est très compliqué. À ce moment-là je découvre le comics, et je bouffe du Batman tous les jours et je commence à dire qu’en sortant de Pivaut, je signe chez Marvel [Rires], et pour l ‘annecdote et mon prof me dit, « c’est tout de mal que je te souhaite  »

Mais j’étais genre convaincu, je signerais chez Marvel et donc je cherche les auteurs français, et il y en a pas des masses !

Donc et je tombe sur un gars, un auteur en interview genre sur Japan Expo, ou un truc comme ça et c’est Philippe BRIONES qui à ce moment-là bosse sur Captain America. Je lui envoie donc un message, mais pas un message classique.

Je lui envoie en objet de Mail : Cherche stage cafetière, en expliquant que je suis mauvais en dessin, mais je suis très bon pour faire le café et donc ç’avait fait marrer Grelin qui du coup me dit ok, mais uniquement pour 5 jours et je débarque en fait chez Grelin pendant 15 jours.

C’était extraordinaire, j’ai passé un super moment, je suis étudiant et je suis avec un gars dont j’admire le travail et on joue à League of Legends tous les deux ensemble ! C’est pour moi un rêve éveillé

Je valide mon année en étant chez Philippe BRIONES, qui va être un tournant dans ma vie professionnelle.

À ce moment-là, on a YouTube et les youtubeurs qui émergent et je contacte les gars de dix minutes à perdre, qui cartonnait à ce moment-là sur le site de streaming. Et je leur propose de faire un Bd sur eux, qui sera mon travail de fin d’années pour l’école Pivaut. Après plusieurs échanges, je les rencontre sur Paris et leur montre mon travail et au final ça ne marchera pas.

Après cette semaine de stage, ou j’en ai pris plein la tronche, ou j’ai appris plein de choses, ou j’ai dessiné comme jamais, je me tape une espèce de migraine de dingue. À un point même, ou je vais aux urgences.

Et en aou,t de la même année, je lui propose de passer 15 jours chez lui, étau bout de deux jours un truc comme ça on est sûr sa terrasse en train de cloper tous les deux. Et Philippe me dit : « Tu as une autre option dans la vie que le dessin ?  »

Et là, si tu veux, je me dis, là, c’est vraiment la prise de conscience. Je suis vraiment face de quelque chose qui me laisse par terre, c’est la fin.

Et là si tu veux, je me dis, là, c’est vraiment la prise de conscience. Je suis vraiment face de quelque chose qui me laisse par terre, c’est la fin.

Et ma réponse, c’est : Non, c’est ça ou rien,

Et il me répond : « ok est-ce-que, tu as déjà mis en couleur des pages de BD, parce que j’ai un boulot de coloriste pour une petite commande d’ne salle de sport. Tu fais la couleur, et je te paie dessus. »

Premiers pas dans la BD.

Je lui dis OK et je m’installe à côté de lui dans son bureau, à faire du coup de la couleur et là il me dit :  » tu as un truc, il y a quelque chose. Tu manques encore de cuisson pour le dessin mais par contre pour la couleur y a un truc. Et on va bosser la couleur, pour le dessin on verra plus tard. »

Et du coup, je deviens à ce moment-là sans le savoir le coloriste de Philippe BRIONES et je vais travailler sur ce dessin pendant plusieurs mois jusqu’au moment où il va déménager de Dijon pour venir vivre à Nantes. En même temps j’écris des scénarios et il y a un qui lui tape un peu dans l’œil.

Et ensemble, on va créer GEEK AGENCY et je deviens du coup le scénariste, créateur et colorise de la série.

Interview  d'un mangaka français, Romain Huet, geek agency

C’est comme ça donc en 2012 que commence ma carrière dans la BD. On fait publier le n° deux et le troisième qui est terminé et ne va jamais sortir. c’est ainsi que la série s’est arrêtée. Mais, on a quand même pu récupérer nos droits.
J’ai continué avec Philippe à bosser avec lui chez soleil Delcourt, sur la série : PSGHeroes j’étais coloriste et puis sur 7 Héros supervisé par David Chauvel. David Chauvel, un éditeur très très important dans ma vie. Est un éditeur qui est cash et droit, voilà, c’est quelqu’un qui est un auteur à la base, il est scénariste et quand il t’explique des choses. Il te dit, il te dit pourquoi ça ne va pas, il te dit pourquoi ça va et c’est quelqu’un qui est droit et qui va à l’essentiel et donc c’étaient des fois, c’est un peu compliqué pour l’ego ce qui te fait un peu de mal, mais c’est ça le vapeur pour le boulot et ça permet d’avancer vite.

Et j’ai travaillé également sur 7 merveilles en tant que coloriste.

Une deuxième vie va commencer.

On est en 2015, et la couleur ça commence à me saouler. je m’éclate nettement moins que dans les premiers temps.
Philippe lui doit partir sur autre chose, il est rappelé par DC Comics etc ce qui fait qu’on ne peut plus bosser ensemble.

Et moi sans Philippe, je n’ai pas de contrat, donc je me retrouve dans une espèce de période un peu charnière à ce moment-là, je ne suis pas vraiment installé, mais à la fois, je suis quand même pro, enfin, tu vois une espèce d’entre-deux.

Je décide alors , de demander à David Chauvel :  » Est-ce que tu aurais un nouveau contrat à me filer ? » et il me répond :  » Je ne suis pas le pole EMPLOI, va sur facebook, tu vas avoir du boulot !  » Et ça va ça va tellement saouler, parce qu’en plus sur les deux albums que j’ai faits avec lui, il a fallu que je reprenne des pages, que j’ai repris gratos, tu vois.

Ça m’a tellement saoulé, que je me suis dit que j’allais retirer en fait tout ce qui me gênait dans la BD. C’est-à-dire l’éditeur

Du coup, je vais faire ma BD et la vendre directement à des gens et c’est comme ça que je me lance dans l’autoédition avec Ulule, qui était en train de démarrer gentiment. Il y avait déjà quelques succès dans la BD et je me dis bah je vais, je vais m’y engouffrer et on va bien voir.

Je décide de lancer ulule début juillet au moment de la Japan Expo. J’imprime 5000 flyers et avec mon petit frère dans la Japan Expo et on se met à distribuer les 5000 Flyers pendant 4 jours tout en expliquant à des gens une histoire qui n’était pas écrite !

Les débuts d’un Magaka français

Et je ne sais même pas de quoi ça va parler, je sais même pas ce que j’allais raconter. J’avais vaguement une idée, je vais à la Japan et j’ai un engouement des lecteurs qui me suivait sur Geek agency.

Finalement, je fais 8000 euros sur Ulule pour un bouquin que personne n’attendait ! Même moi, je ne sais pas de quoi va vraiment parler ce manga. La campagne se termine et je n’ai jamais fait de BD, j’ai 180 pages à faire tout seul. Je ne sais même pas comment on fait concrètement et je me suis quand même lancé.

j’ai 180 pages à faire tout seul. Je ne sais même pas comment on fait concrètement et je me suis quand même lancé.

Découvrez la suite de l’interview d’un mangaka français en vidéo …

Galerie de Romain huet

Où suivre Romain Huet et Doshin éditions

Vous pouvez suivre le mangaka français Romain Huet, sur ses comptes Instagram et Facebook

https://www.romainhuetbd.com/

https://www.instagram.com/romain_huet/

Pour soutenir Roman Huet dans son activité : https://fr.tipeee.com/romain-huet


Pour découvrir l’actualité de DOSHIN EDITIONS :

https://www.doshin-editions.com/ https://discord.gg/edw684Pc8A https://www.instagram.com/doshin_editions https://www.facebook.com/doshineditions/ https://twitter.com/DoshinEditions

Vous pouvez également découvrir le Fan art que j’ai réalisé sur le Manga YGGDRASIL SENTAI visible ici dans mon PORTFOLIO

Vous pouvez également découvrir ma critique manga sur YGGDRASIL SENTAI.

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